Mais pourquoi, alors qu’il est si doux de lézarder, le travail est-il tant valorisé ?
« Une étrange folie possède les classes ouvrières des nations où règne la civilisation capitaliste. Cette folie traîne à sa suite des misères individuelles et sociales qui, depuis deux siècles, torturent la triste humanité. Cette folie est l’amour du travail, la passion moribonde du travail, poussée jusqu’à l’épuisement des forces vitales de l’individu et de sa progéniture […] « Le fait de croire que le travail est une vertu est la cause de grands maux dans le monde moderne ; (...) la voie du bonheur et de la prospérité passe par une diminution méthodique du travail. »
Notre fondateur Paul Lafargue (journaliste et homme politique, gendre de Karl Marx)
"Paressons en toute chose, hormis en aimant et en buvant, hormis en paressant " -citation de Lessing, reprise par notre fondateur); Telle est résumée notre philosophie de vie.
Regrettant l'époque où " les poètes chantaient la paresse", notre fondateur prend le contrepied de son beau-père (Karl Marx). En effet, alors que Marx valorise le travail, qui permettrait d'actualiser l'humanité du prolétaire, son gendre voit dans la paresse un véritable droit social.
"Toutes les misères individuelles et sociales sont nées de sa passion pour le travail".
La technique, le progrès de l'industrialisation devraient plutôt permettre de ne "travailler que 3 heures par jour", et de "fainéanter et bombancer le reste de la journée"
Nos sources d'inspiration....
- Philosophiques....
Etre paresseux est un art de vivre. C'est refuser de sacrifier sa vie au travail. C'est profiter du spectacle du monde. C'est laisser libre-court à son imagination. Et si cela vous semble impossible à réaliser en 2018, il faut se ressourcer aux défenseurs antiques de la paresse: Aristote, Epicure, Diogène le Cynique, Cicéron insistaient déjà sur la nécessité de dissocier la vie publique et le travail du loisir afin de se m"nager un temps de méditation, de lecture et de contemplation. Déjà, ces auteurs considéraient qu'il y avait deux sens au mot travail : celui d'une activité forcée ou ennuyeuse régie par le temps des horloges où l'on perd sa vie à la gagner. Et puis un deuxième sens qui valorise au contraire l'activité libre, ( l'otium selon les romains, dont on trouve aujourd'hui un exemple dans l'engagement associatif). Ainsi, pour Aristote, " plus on possède la faculté de contempler, plus on est heureux"
- Scientifiques ....: la paresse serait un signe d'intelligence
Une étude publiée en août 2016 dans le Journal of Health Psychology prouverait
la théorie selon laquelle les gens les plus intelligents passent plus de
temps à ne rien faire.
L'étude conclut que les personnes au quotient intellectuel
plus élevé s'ennuient moins facilement, ce qui leur permet de passer plus de
temps à réfléchir, au lieu d'agir, alors que les personnes plus actives ont
tendance à être moins fainéantes parce qu'elles ont besoin de stimuler leur
esprit avec des activités physiques, soit parce qu'elles veulent moins
réfléchir, soit parce qu'elles s'ennuient rapidement.
Les chercheurs d'une université de Floride
ont fait passer un test à un groupe d'étudiants afin de trouver 30 participants
qui aiment réfléchir et 30 autres qui préfèrent éviter toute tâche qu'ils
considèrent comme trop intellectuelle. Le test demandait notamment aux
étudiants d'accorder une note à des affirmations telles que "j'aime les
tâches qui requièrent de trouver de nouvelles solutions" ou "je ne
réfléchis que lorsque c'est nécessaire".
Une fois que 30 "penseurs" et 30
"faiseurs" ont été désignés, leur ont été remis un accéléromètre à
porter au poignet pendant sept jours pour mesurer leur activité physique. Les
résultats montrent que le groupe des "penseurs" était "bien
moins actif" pendant la semaine que le groupe des "faiseurs". Et
on ne parle pas ici d'activité sportive, mais d'activité tout court.
La
fainéantise n'est pas le seul marqueur d'un QI plus élevé. D'après d'autres études,
les personnes intelligentes utilisent plus d'insultes, se couchent tard et sont
très désordonnées.
- Ethnologiques : les peuples qui travaillent le moins sont les plus heureux.
« C’est ce qui frappa, sans ambiguïté, les premiers observateurs européens des Indiens du Brésil. Grande était leur réprobation à constater que des gaillards pleins de santé préféraient s’attifer comme des femmes de peintures et de plumes au lieu de transpirer sur leurs jardins. Gens donc qui ignoraient délibérément qu’il faut gagner son pain à la sueur de son front. C’en était trop, et cela ne dura pas : on mit rapidement les Indiens au travail, et ils en périrent.Deux axiomes en effet paraissent guider la marche de la civilisation occidentale, dés son aurore : le premier pose que la vraie société se déploie à l’ombre protectrice de l’État; le second énonce un impératif catégorique : il faut travailler.

Les Indiens ne consacraient effectivement que peu de temps à ce que l’on appelle le travail. Et ils ne mourraient pas de faim néanmoins. Les chroniques de l’époque sont unanimes à décrire la belle apparence des adultes, la bonne santé de nombreux enfants, l’abondance et la variété des ressources alimentaires. Par conséquent, l’économie de subsistance qui était celle des tribus indiennes n’impliquait nullement la recherche angoissée, à temps complet, de la nourriture. Donc une économie de subsistance est compatible avec une considérable limitation du temps consacré aux activités productives. Soit le cas des tribus sud-américaines d’agriculteurs, les Tupi-Guarani par exemple, dont la fainéantise irritait tant les Français et les Portugais. La vie économique de ces Indiens se fondait principalement sur l’agriculture, accessoirement sur la chasse, la pêche et la collecte. Un même jardin était utilisé pendant quatre à six années consécutives. Après quoi on l’abandonnait, en raison de l’épuisement du sol ou, plus vraisemblablement, de l’invasion de l’espace dégagé par une végétation parasitaire difficile à éliminer. Le gros du travail, effectué par les hommes, consistait à défricher, à la hache de pierre et par le feu, la superficie nécessaire. Cette tâche, accomplie à la fin de la saison des pluies, mobilisait les hommes pendant un ou deux mois. Presque tout le reste du processus agricole — planter, sarcler, récolter — conformément à la division sexuelle du travail, était pris en charge par les femmes. Il en résulte donc cette conclusion joyeuse : les hommes, c’est-à-dire la moitié de la population, travaillaient environ deux mois tous les quatre ans ! Quant au reste du temps, ils le vouaient à des occupations éprouvées non comme peine mais comme plaisir : chasse, pêche ; fêtes et beuveries ; à satisfaire enfin leur goût passionné pour la guerre. »
Pierre Clastres, la société contre l’Etat, 1974. p.165
MORALITE: L'organisation de ces tribus sud-américaines leur permet de ne travailler que 2 mois tous les 4 ans !
- Historiques....
« I will always choose a lazy person »
Bill Gates
- Cette
méthode de recrutement (qui n’a pas été inventée par Warren Buffet, ni par
Bill Gates, ni par Monsieur Marcel), a été éprouvée lors de la seconde
guerre mondiale et des années qui l’ont précédée. C’est au sein de la
Reichswehr, l’armée régulière allemande dans les années 30, que les
stratégistes ont mis au point cette méthode. Suivant ce schéma, l’armée
allemande a placé aux hauts postes de direction les paresseux
intelligents, les intelligents travailleurs et diligents aux postes
d’officiers et de sous officiers. Quant aux hommes « un peu moins
doués », ils représentaient 90% des effectifs et étaient affectés aux
tâches les plus simples. Le pire étant dans cette catégorie, les soldats
trop énergiques ou trop zélés, qui enchaînent bourdes et de choix
irrationnels.
- Sociologiques
Un simple constat de l' ampleur du phénomène s'impose. Les paresseux représenteraient en effet de 5 à 10% des effectifs de toute entreprise.
Notre méthode est adaptée à la génération actuelle:
Les moins de 30 ans (appelés "génération Y" par les sociologues) ne transigent pas avec l’équilibre entre leur vie professionnelle et leur vie privée. Individualistes, impatients, ils ont une vision à court terme et supportent mal la contrainte.
Phénomène de mode au Japon
La paresse est l’avenir de l’hommeLes Hikikomori, se retirer pour ne rien faire
A la
rencontre d’un de ces jeunes pour comprendre comment, aujourd’hui, la paresse
est l’outil le plus adapté pour exprimer son refus du monde et de ses
injonctions.
La paresse est peut-être le
péché capital le mieux toléré, le moins « grave » en quelque sorte… Sans doute
parce qu’elle a toujours eu un aspect polymorphe, elle est à la fois vice et
vertu : elle permet à certains la réappropriation de son temps, de sa vie
et sinon de s’extraire mais de prendre de la distance face aux diktats sociaux.
Aujourd’hui, dans un monde où l’injonction au travail et à l’ascension sociale
est particulièrement prégnante, elle permet d’opérer le refus d’une vie déjà
toute tracée. C’est le cas d’adolescents qui, d’abord au Japon, et dans
beaucoup de pays européens désormais, s’extraient de la course sociale et
décident de ne rien faire, au sens propre. Alors, la paresse serait-elle
l’avenir ?


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